Abbaye de Sixt

Circulations anciennes et parcours de la montagne sur le territoire de la commune

Le territoire de la commune de Sixt-Fer-à-Cheval, hérité de la paroisse médiévale de Sixt sur laquelle rayonnait une abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin fondée au XIIe siècle, est au cœur d’un espace montagnard jouxtant le massif du Mont Blanc. Sixt se développe à la naissance de la vallée du Giffre, dans un environnement très escarpé puisqu’elle s’étage entre 730 m et les 3099 m du Mont Buet.

Ce « Bout-du-Monde » est néanmoins un espace de circulation situé dans un secteur de marches territoriales, au moins depuis des siècles. Les montagnes de Sixt, dont les traversées et les exploitations sont soumis à de multiples risques, sont pourtant parcourues pour de nombreux usages et au prix de différents aménagements.

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Un travail documentaire a permis de réunir une bibliographie étoffée, de constituer un fonds iconographique assez large [Fig. A] ainsi que d’entreprendre un repérage des sources archivistiques, tout en bénéficiant d’un contexte partiellement documenté par des études archéologique ayant révélé différentes facettes du potentiel scientifique de ce secteur. Ce premier travail a souligné l’originalité de cette micro-société médiévale qui associe communauté religieuse et communautés d’habitants et dont l’essentiel des activités repose sur l’exploitation pastorale. Les transhumances saisonnières, l’évolution des droits concédés aux communiers, hérités au moins des siècles centraux du Moyen Âge, avant l’installation de l’abbaye, et concernant la majeure partie de l’espace alpestre de Sixt ont légué une multitude de vestiges matériels d’aménagements liés aux circulations de la montagne.

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Figure A : Une « planche haute » à Sixt : Fond de la combe (Sixt), gravure de H. TERRY - IMP. PILET et COUGNARD, Genève (1866) - Collections Départementales du Conseil Général de Haute Savoie. Conservatoire d’Art et d’Histoire 977-I-3-393.

 

Une première campagne de prospection visant à se familiariser avec un milieu particulier et à appréhender le potentiel de recherche de Sixt a amené à inventorier une quarantaine de structures liées aux questions de circulations aux périodes médiévale et moderne : chemins, passages aménagés, abris, oratoires et chapelles, ruines et graffitis… La prospection de terrain a permis d’affiner une problématique de recherche en mettant en avant un alpage, bénéficiant d’une documentation assez abondante et au potentiel de recherche riche. L’alpage de Sales, qui s’ouvre à près de 1900 m d’altitude et apparaît dans les textes dès le début du XIIIe siècle, possède différents particularismes relevant de la flore, des problématiques d’accès, des occupations temporaires, en plus d’une abondance de vestiges d’aménagements, souvent conséquents, qui ne cessent d’étonner lorsque l’on sait qu’il n’était pâturé qu’un mois par an. Le travail mené en 2014 a mis en évidence notamment un potentiel de recherche important, dans le seul secteur de la chapelle de Sales, fondée au XVIIe siècle, qui constitue l’accès le plus direct depuis Sixt, mais non le moins périlleux. Ce secteur comprend au moins trois phases d’aménagements permettant de franchir la dernière dénivellation avant l’alpage. A ces aménagements de circulation semblent liées les ruines de deux bâtiments [Fig. B]. L’un des deux, au moins, possède une puissance stratigraphique susceptible de conserver des informations archéologiques sur ses fonctions et périodes d’occupation. Cet ensemble de structures balisent l’un des accès à un alpage qui, en outre, mérite à lui seul une prospection poussée assortis de relevés.

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Figure B : L’une des ruines de bâtiment du secteur de la chapelle. Cliché J. Laidebeur – CG 74.